Bonjour.
Merci, David, de votre aimable présentation. Permettez-moi tout d’abord de vous dire à quel point je suis content de pouvoir m’adresser à vous ici au Woodrow Wilson Center et de vous voir en grand nombre aujourd’hui. Je répondrai avec plaisir à vos questions après mon discours.
Je parlerai dans un premier temps de notre lutte pour réformer le système de soins de santé et j’en profiterai pour dissiper certains mythes qui circulent sur les soins de santé au Canada. Je dirai ensuite quelques mots sur la réforme de notre système de soins de santé qui permettra de contribuer à la reprise économique et sur la collaboration, ingrédient essentiel au renforcement de ce système.
Mais rassurez-vous, je ne suis pas venu ici pour vous engager à adopter le système de soins de santé du Canada. Un bon système de soins de santé atteste des valeurs d’un pays et ces valeurs diffèrent selon les pays. Au Canada, notre système concrétise les valeurs d’équité, de justice et de partage des responsabilités qui sont les nôtres. Le système que vous adopterez devra être typiquement américain et devra représenter vos valeurs.
Il vous appartient donc de décider si vous préférez la réforme préconisée par le président Obama, ou un système à payeur unique comme le propose le projet de loi HR 1200 qu’examine actuellement le Congrès, ou encore un projet de loi sénatorial avancé par Kennedy-Bacchus ou toute autre chose.
Ce qui est certain par contre, c’est ceci : Les États-Unis n’en ont pas fini de se battre pour leur système de santé – et ce ne sera pas facile. Je le sais car, au Canada, c’est mon parti qui s’est longtemps battu et qui a fini par gagner.
Nous savons que : La réforme du système de soins de santé vaut qu’on se batte.
Il y a soixante ans, les familles canadiennes devaient se débrouiller toutes seules pour payer les notes du médecin et les frais hospitaliers. Ceux qui avaient de l’argent pouvaient aller chez le médecin tant qu’ils le voulaient contrairement à ceux qui n’en avaient pas. Certains ont vendu leur ferme, d’autres ont réhypothéqué leur maison et d’autres encore se sont passés de soins, ont souffert et ont fini par mourir faute de soins.
Vous avez déjà entendu ce refrain?
Un de ceux qui m’ont précédé au poste de chef des néo-démocrates, un homme du nom de Tommy Douglas, savait qu’il fallait changer ce système. Il savait que ce système n’était pas représentatif des valeurs du Canada. Pour corriger cette injustice, Tommy et mon parti définirent une vision qui permit à tous et à toutes de bénéficier des soins de santé dont ils avaient besoin indépendamment de leurs revenus. Et c’est ainsi qu’en 1947, dans la province des Prairies qu’est la Saskatchewan, Tommy déposa le premier texte législatif qui nous mènerait sur la voie de l’assurance-santé universelle au Canada. Et alors que nombreux sont ceux qui pensent que cela va de soi aujourd’hui, Tommy et ses partisans se sont battus pendant une dizaine d’années pour faire adopter le régime d’assurance-maladie canadien.
Des adversaires se sont dressés devant eux tout au long du chemin. Parfois ces adversaires prenaient la forme de petites entreprises et parfois celle de grosses sociétés. À d’autres moments, ce sont les groupes de patients qui se rebiffaient et à d’autres, les groupes de médecins.
En 1961, lorsque Tommy et mon parti ont introduit le premier programme public d’assurance-santé au Canada en Saskatchewan, ces groupes d’intérêt étaient furieux et certains médecins ont même fait la grève! Pour faire échec au changement, ces médecins refusaient de soigner les femmes, les hommes et les enfants malades… …laissant ainsi des collectivités entières sans les soins dont elles avaient désespérément besoin. Mais les femmes et les hommes qui travaillaient durement en Saskatchewan savaient ce qu’il leur fallait. Au bout de trois semaines seulement, la grève des médecins a sombré sous la pression soutenue du public.
Pour la toute première fois, se faire soigner était un droit et non un privilège. Pour la toute première fois, accidents et maladies n’allaient pas condamner les familles à vivre dans la pauvreté. Pour la toute première fois, la santé des familles canadiennes passait avant les bénéfices ... ...et dès 1984, la Loi canadienne sur la santé garantissait un système national de soins de santé public qui fait désormais partie de notre identité canadienne. Pourquoi? Parce que ce système représente les valeurs d’égalité et de partage des responsabilités qui sont les nôtres, mais aussi parce que le système de soins de santé canadien remplit son office.
À Pâques, je me suis fait opérer des deux genoux. J’ai vu un médecin que j’ai choisi moi-même, on a rapidement fait une IRM de mes genoux et quelques semaines plus tard seulement – c’était une intervention chirurgicale non urgente – j’ai été opéré et je pouvais commencer ma convalescence. Ma carte de crédit est restée dans mon porte-monnaie – je n’ai eu à montrer que ma carte d’assurance-santé canadienne.
Alors croyez-moi lorsque je vous dis que se battre pour obtenir un système public de soins de santé en vaut la chandelle... ...et pour les Canadiens, il est salutaire qu’ils se battent pour en conserver la solidité. Les Américains devraient savoir que lorsque la bataille commencera sérieusement ici pour de bon une fois de plus, ce ne sera pas beau à voir, les méchancetés fuseront et la victoire ne sera pas assurée.
La zone de conflit est déjà délimitée – Le président Obama a jeté le gant et proposé un plan solide, un plan qui protégera les 46 millions d’Américains qui ne bénéficient pas de l’assurance-santé et qui ne fera plus des notes pour services médicaux rendus la première cause de faillite aux États-Unis. Sa campagne sur le terrain commence pour de bon dans trois jours et partout aux États-Unis, les gens espèrent un changement.
Mais les chefs de file progressistes et le peuple américain devront tenir bon. Parce que les groupes d’intérêt commencent à se liguer contre les changements qui sont dans l’intérêt du public. Et ils sèment les graines de la terreur en faisant circuler mythes et mensonges sur le système de santé canadien.
Or, voici la vérité : Le Canada et les États-Unis dépensent à peu près les mêmes sommes en soins de santé – aux alentours de 7 p. 100 du PIB selon l’OCDE. Mais au Canada, le système de soins de santé public protège tout le monde et aux États-Unis, il ne protège qu’un tiers de la population. En fait, si on y ajoute le coût des soins privés, le Canada consacre 10 p. 100 de son PIB aux soins de santé alors que les États-Unis y consacrent 16 p. 100. Ce qui équivaut à 2 500 $ en moins par habitant – et au Canada tout le monde est couvert!
Le Canada n’a pas à rougir de la qualité des soins offerts non plus. Vous avez peut-être vu ces annonces à la télévision montrant le promoteur de soins privés canadien, le docteur Brian Day, qui dit, et je cite : « des patients meurent en attendant d’obtenir des soins au Canada ». Ce n’est absolument pas le cas. En fait, la moitié des patients en urgence sont vus dans les 6 minutes. Et pour les interventions chirurgicales non urgentes, comme les remplacements de genoux et de hanches en Ontario, il n’y a plus de listes d’attente. Les périodes d’attente ne disparaissent pas dans un système privé, mais elles sont réduites grâce à l’adoption de meilleures méthodes comme le travail en équipe des chirurgiens, comme l’attestent les programmes de nombreuses provinces.
La vérité, c’est que le système de soins de santé au Canada est excellent. Les données publiques sont très claires : Le Canada surclasse les États-Unis, qu’il s’agisse de la mortalité infantile, d’une espérance de vie en santé ou du taux de récupération après une blessure. Les taux de satisfaction sont également élevés – 85 p. 100 des Canadiens sont « très » ou « plutôt satisfaits » des services qu’ils reçoivent.
Notre système repose sur l’égalité. Cette égalité permet à tout le monde de recevoir de bons soins et, de là, ces bons soins permettent d’avoir une meilleure chance dans la vie et donc plus d’égalité et de possibilités au Canada. Les partisans d’un système de soins de santé à but lucratif au Canada privilégient la richesse aux dépens de la santé – Vous savez, lorsque l’infirmière chargée de l’admission vérifie le solde de votre compte avant votre pouls, on ne peut pas dire que les soins dispensés soient axés sur les patients. Et pour la très grande majorité des Canadiens, ce n’est tout simplement pas juste.
Le système de soins de santé au Canada n’est pas parfait, mais il donne de bons résultats. Et aujourd’hui l’Amérique a désespérément besoin d’un système de soins de santé qui donne de bons résultats ici aussi. Je crois que vous l’obtiendrez si vous vous montrez déterminés, si vous unissez vos efforts et si vous voyez l’avenir avec audace. Vous aurez – enfin – un système de soins de santé représentatif de vos valeurs les plus chères. Un système de soins de santé public adapté au peuple américain.
Il est bon pour l’économie d’engager des dépenses dans le domaine de la santé – c’est une proposition qui ne fait que des gagnants. À l’heure actuelle, le système de soins de santé canadien donne un avantage concurrentiel aux entreprises. Aux États-Unis, les soins de santé coûtent tellement cher que les entreprises sont obligées de choisir entre les gains des actionnaires et la santé de leurs employés.
Aux États-Unis, General Motors dépense 10 000 $ en soins de santé par minute. Ce qui équivaut à cinq milliards de dollars par an. Il en coûte 8 $ de moins l’heure par employé à General Motors Canada pour exercer ses activités tout simplement parce que le Canada possède un système de santé public. Aux États-Unis, les frais de santé ont contribué à la paralysie du secteur de l’automobile et la réduction des frais de santé par le canal de l’économie relancera l’économie américaine en général.
Et c’est crucial pour le Canada et l’Amérique. Ni l’une ni l’autre économie ne se redressera seule. Au total, les échanges entre nos deux pays ont dépassé 560 milliards de dollars en 2007. Les échanges commerciaux qui traversent le pont Ambassador reliant Detroit à Windsor valent autant que l’ensemble des échanges annuels entre les États-Unis et le Japon. Ce qui signifie que nous devons collaborer pour assurer la reprise économique de nos deux pays. Et investir dans un système de soins de santé public solide revient à investir dans la croissance économique. Donc pour assurer la reprise économique, nous devons investir dans les soins de santé pour créer un meilleur contexte commercial.
Au Canada, il faut régler les problèmes légitimes et ne pas s’en servir pour tourner ce système en dérision. Mais le premier ministre Stephen Harper – c’est notre George W. Bush national – refuse de prendre les mesures nécessaires.
Mon parti, le Nouveau Parti démocratique, a une vision claire.
Nous avons besoin d’un programme national de remboursement des médicaments d’ordonnance car les médicaments sont désormais le deuxième poste de dépenses en soins de santé bien que 3,5 millions de Canadiens ne soient pas couverts. Nous avons besoin d’un plus grand nombre de médecins et d’infirmières car cinq millions de Canadiens n’ont toujours pas de médecin de famille.
Le rapport Romanow sur l’avenir des soins de santé au Canada – notre version d’une commission présidentielle et l’étude la plus récente entreprise au Canada – a été avalisé par des milliers de Canadiens. Nous devons appliquer ses recommandations dès maintenant. Il nous faut finir le travail entrepris par Tommy Douglas et instituer des programmes de soins communautaires et préventifs.
Dans le cadre de cette prévention, il faut assurer un environnement sain car les émissions de gaz à effet de serre ne se contentent pas de rehausser le niveau de la mer, elles nuisent carrément à la santé. La pollution atmosphérique cause le décès de plus de 20 000 Canadiens chaque année.
Je sais pour l’avoir vécu ce que c’est que de se précipiter aux urgences avec un enfant asthmatique un jour de smog épais. Rien n’aurait pu rendre plus claire la nécessité de réduire ces émissions et les néo-démocrates en sont devenus le chef de file au Canada.Notre texte de loi, adopté par la Chambre des communes, établit des cibles scientifiques renforcées qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre et a, pour objectif à long terme, de les réduire de 80% en dessous des niveaux de 1990 d’ci 2050.
Ces cibles permettraient de faire du Canada un chef de file en la matière à l’occasion des pourparlers sur le changement climatique à Copenhague, mais notre premier ministre conservateur refuse de les endosser. J’espère que ces mêmes cibles établies par le président Obama feront pression sur le premier ministre Harper.
Comme le disait Tommy Douglas, «on ne juge pas de la grandeur d’un pays par la quantité de ses biens mais par la qualité de sa vie ». Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un environnement plus propre ne pèsera pas autant sur les soins de santé et permettra d’offrir une meilleure qualité de vie à nos deux pays.
Il ne fait aucun doute qu’il sera plus facile de renforcer notre système au Canada si de meilleurs soins de santé publics sont offerts aux États-Unis. Tout comme le Canada a institué un système de soins de santé public solide en joignant ses efforts... Et tout comme l’Amérique doit lui emboîter le pas... Tout comme nous pourrons renforcer la santé de l’ensemble de nos citoyens au moyen d’un partenariat.
Au moyen d’un partenariat, nous pouvons consolider les soins de santé dans nos deux pays. Ensemble, nous pouvons tirer parti des innovations médicales de classe mondiale, de l’efficacité américaine en matière de prestation de services et de la vaste expérience du Canada en matière de soins publics.
Nous emprunterons des voies différentes vers un même but : Des soins de santé de qualité pour l’ensemble de nos citoyens.
Thank you, merci beaucoup.