Nous avons fait beaucoup de chemin depuis que les premières voix se sont élevées au pays pour demander que le Canada joue un nouveau rôle en Afghanistan. Au Canada comme à l’étranger, nous sommes témoins de l’émergence d’une nouvelle volonté de tourner la page et d’adopter une politique plus équilibrée à l’égard de l’Afghanistan.
L’époque des injures, des discours enflammés et de la remise en cause de l’appui à nos troupes est révolue. On reconnait dorénavant les limites du recours à la force pour corriger une situation essentiellement liée à la politique et à l’économie. Les dirigeants du monde sont maintenant à la recherche de moyens de stabiliser l’Afghanistan et la région.
Le président Obama a apporté d’importants changements à la politique américaine en Afghanistan. Non seulement on augmentera de manière considérable les troupes, mais on mettra aussi davantage l’accent sur la sécurité et sur les résultats politiques. L’envoyé spécial Richard Holbrooke sera un formidable partisan de la recherche d’une solution diplomatique à ce conflit. Par ailleurs, à la demande de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, une conférence internationale de l’ONU aura lieu le 31 mars, à La Haye, afin de commencer à définir une stratégie de stabilisation de la région. Et l’administration américaine a posé un geste significatif : l’Iran sera en effet invité à cette conférence.
Au Canada, le ministère de la Défense nationale a reconnu que « [l’]insurrection est un problème politique », et que « [l]a simple élimination des insurgés risque peu de se solder par l'étouffement de l'insurrection ». Quant au premier ministre Harper, un ardent partisan du statut quo, il a récemment avoué que le Canada ne gagnera pas cette guerre en déclarant tout simplement « qu’il était impossible de vaincre les insurgés ».
Je suis heureux de constater que le premier ministre Harper réalise maintenant que la stabilité et la paix nécessitent des négociations. Les néo-démocrates tentent de l’en convaincre depuis longtemps. Mais ce qui importe à présent, c’est de déterminer quelles seront nos prochaines étapes.
En raison de ses compétences et de sa réputation dans le domaine du maintien de la paix, le Canada pourrait jouer un rôle actif après le retrait de nos troupes en 2011. Nous devons commencer à jeter les bases de cette intervention diplomatique dès maintenant. Je crois qu’un envoyé spécial, qui risquerait d’être davantage préoccupé par nos intérêts nationaux, n’aura pas une influence significative.
Le succès de toute initiative de paix repose sur des discussions non officielles au cours desquelles on préparera le terrain, on identifiera les partenaires régionaux et on proposera et testera de nouvelles idées et solutions politiques. Le Canada peut tracer la voie à suivre en nommant un groupe de spécialistes pour s’acquitter de cette tâche, comme l’a récemment proposé le professeur Fen Osler Hampson.
Deux excellents choix pour amorcer la constitution de ce groupe seraient l'ancien envoyé spécial de l'ONU, Lakhdar Brahimi, et l’ancien observateur permanent de l’Organisation de la Conférence islamique auprès de l’ONU, Mokhtar Lamani, qui est canadien. Notre porte-parole en matière d’affaires étrangères, Paul Dewar, plaide actuellement pour l’adoption de cette approche – et la nomination de ces candidats – dans le cadre d’une conférence internationale au Royaume-Uni.
Ces spécialistes jouissent d’une certaine crédibilité et sont respectés dans la région. Ils comprennent les défis à relever et possèdent les contacts et l’expérience nécessaires pour entamer un nouveau dialogue avec les principaux intervenants et parties concernées. Ils peuvent jeter les bases de discussions plus officielles.
Ce groupe comporterait de nombreux avantages. Il élargirait le champ d’action de la diplomatie impliquant un plus grand nombre d’acteurs externes. Il permettrait de garantir la mobilisation du peuple afghan – en particulier des femmes – ainsi que de ses représentants de la société civile, et non seulement des factions belligérantes et des principaux intervenants régionaux.
Il permettrait aussi de rejoindre vraiment les éléments modérés, notamment ceux qui combattent aux côtés des talibans non pas pour des motifs idéologiques, mais pour nourrir leur famille et subvenir à leurs besoins. Cette mobilisation ciblée s’avère en fait cruciale pour isoler le faible pourcentage d’idéologues extrémistes parmi les insurgés.
Il est essentiel que l’ONU assume la direction de ce groupe, qui devrait donc mener ses activités indépendamment du Canada, dans le cadre des efforts plus vastes déployés par l’ONU pour consolider la paix dans la région. La constitution d’un tel groupe pourrait toutefois se révéler une contribution majeure du Canada. Il constituerait notre « effort politique » pour répondre à l’appel lancé par Kai Eide, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU. Ce geste cadrerait aussi parfaitement avec nos efforts en vue d’obtenir un siège au Conseil de sécurité en 2010, puisqu’il ferait la preuve de notre maturité et de notre capacité de résoudre des conflits.
Ces sept dernières années, nous n’avons pas réussi à adopter une approche diplomatique plus vigoureuse en Afghanistan. Nous devons agir maintenant et avec détermination pour instaurer une paix durable dans la région et enfin la stabiliser.
Sans une intervention ciblée et une démarche diplomatique, les grands efforts et les sacrifices consentis jusqu’à ce jour ne donneront pas vraiment de résultats.
Jack Layton, Chef du NPD