NPD Discours

La réaction de Jack Layton sur le discours du Trône

jeu 20 nov 2008

Monsieur le Président, j’aimerais commencer en vous félicitant, au nom du NPD, pour votre réélection. Je suis sûr qu’il y aura plus de décorum et de courtoisie dans cette Chambre.

Nous tenons également à féliciter le premier ministre et à présenter nos meilleurs vœux au chef de l’Opposition officielle alors qu’il continue de servir, et au chef du Bloc québécois.

Sur le plan personnel, j’aimerais remercier les gens de Toronto-Danforth, qui continuent de me faire confiance. Et la population canadienne, pour avoir élu le deuxième plus important caucus néo-démocrate de notre histoire.

Les Canadiens que j’ai rencontrés au cours des deux derniers mois, et au cours des deux dernières années, comptent sur ce gouvernement pour faire preuve de courage face à l’adversité.

Le ralentissement de l’économie canadienne est sans précédent.

Des millions de Canadiens ont peur pour leurs emplois, leurs pensions et leurs épargnes.

Ils comptent sur le gouvernement fédéral pour prendre des mesures audacieuses et stratégiques.

Le texte du discours du Trône d’hier n’est pas à la hauteur de l’urgence ni de l’importance des gestes qu’il faut poser pour protéger les familles d’aujourd’hui dans cette économie.

Les Canadiens ont été déçus par le discours du Trône. Le NPD a été déçu par le discours du Trône.

À titre de l’opposition efficace, le NPD demandera au gouvernement d’en faire davantage. Nous n’appuierons pas ce discours du Trône.

Le discours qu’on nous demande d’appuyer, Monsieur le Président, n’aidera pas les Canadiens à mieux dormir le soir.

Le discours du Trône a mentionné la crise, sans pour autant proposer des mesures concrètes pour l’aborder.

Il a mentionné le renouvellement, sans pour autant fixer des cibles pour revitaliser la véritable économie.

Il a mentionné le caractère inévitable des déficits budgétaires, et dans le même souffle a maintenu des réductions d’impôt sans condition pour les grandes entreprises. Ça n’a aucun sens.

Monsieur le Président, ce Parlement est confronté à la grande épreuve de notre génération.

On ne nous demande pas de réaliser notre indépendance, ni de faire la Grande Guerre.

On nous demande d’aider notre pays à survivre à une crise économique, qui se fait déjà sentir profondément dans la véritable économie.

Le NPD a toujours cru que l’économie doit être jugée sur sa capacité de servir les besoins et les aspirations des gens.

Nous croyons que les marchés peuvent créer la prospérité, mais ils ne peuvent pas le faire tout seuls.

Parfois, il faut que les gouvernements se retroussent les manches, qu’ils viennent en aide à ceux qui en ont besoin et qu’ils participent à la solution –

Non seulement attendre qu’une force invisible règle tous les problèmes.

Nous croyons aux investissements stratégiques de la part du gouvernement, non pas aux réductions fiscales pour les grandes entreprises sans condition.

Nous croyons aux budgets équilibrés, non pas aux déficits évitables.

Nous croyons que la productivité et l’esprit d’entreprise sont le moteur de l’économie, non pas des taux d’imposition faibles pour les grandes entreprises.

Nous croyons qu’il faut protéger les travailleurs canadiens, leurs emplois et leurs communautés.

Nous croyons que la mission du gouvernement est d’assurer l’équité et la prospérité pour les gens.

Des gens comme Jack Nijjer à Kamloops, qui a peur pour sa petite entreprise.

Comme Jennifer Sanderson à St. John’s, qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants.

Comme les innombrables jeunes Canadiens avec des idées brillantes pour un avenir plus vert.

Partout au monde, même des gouvernements conservateurs reconnaissent que le gouvernement a non seulement un rôle à jouer, mais aussi la responsabilité d’agir.

Partout au monde, des leaders posent des gestes décisifs, mais ce gouvernement n’a pas fait preuve de ce genre de courage.

C’est très inquiétant que la plupart des grandes économies du monde soient en récession ou près de la récession. Les marchés boursiers mondiaux ont baissé de 40 pour cent et 7 billions de dollars ont été investis dans l’offre de capitaux à l’échelle mondiale.

Mais ce qui m’inquiète encore plus, ce sont les pertes d’emploi dans le secteur manufacturier à Windsor, les scieries qui ferment leurs portes à Trois-Rivières et les prévisions selon lesquelles le Canada tout entier est au bord de la récession.

Le taux de faillite des particuliers en septembre était 20 pour cent plus élevé qu’en août.

Selon les prévisions, le taux de chômage augmentera l’année prochaine pour atteindre 7 pour cent, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.

Cela me rappelle les jours pendant la campagne électorale, lorsque le premier ministre et moi avons visité Welland, en Ontario, tous les deux.

J’ai vu le cœur de notre zone industrielle qui tombe en ruines. J’ai parlé à des travailleurs qui ont perdu leur emploi lorsque l’usine centenaire de John Deere a mis la clé sous la porte. Ces visages sérieux et déterminés sont gravés dans ma mémoire.

Le premier ministre a décidé de ne pas les rencontrer. De ne pas les regarder dans les yeux.

Lorsque le premier ministre ne fait que jouer avec le statu quo, ces travailleurs ne peuvent pas subvenir aux besoins de leurs familles.

Ils dépensent les épargnes de demain pour joindre les deux bouts aujourd’hui.

Les emplois bien payés, qui subviennent aux besoins des familles, se font remplacer par des emplois à faible salaire, instables, sans pensions.

Le gouvernement ne défend pas la classe moyenne, qui a plus de difficulté chaque mois, qui doit travailler de plus en plus fort pour joindre les deux bouts.

Ce gouvernement préfère gaspiller de l’argent en donnant des réductions d’impôt sans condition aux grandes entreprises.

Ce gouvernement tient à donner ces fonds aux secteurs qui en ont le moins besoin, plutôt qu’à ceux qui en ont le plus besoin.

La productivité de nos travailleurs est le moteur de notre prospérité.

Mais, pour la première fois depuis cinquante ans, un premier ministre canadien a permis que la productivité diminue sous sa gouverne. Maintenant, nous travaillons plus et nous produisons moins.

Cette crise peut être l’occasion de régler ces problèmes.

D’améliorer la productivité et de combiner la protection de l’environnement avec la croissance économique d’une nouvelle façon.

D’assurer de bons services publics et des infrastructures solides.

De stabiliser l’économie, favoriser l’esprit d’entreprise et encourager les petites entreprises.

Il nous faut des mesures audacieuses et stratégiques pour notre économie. Le 21e siècle est nouveau et différent. Les vieilles solutions du 20e siècle ne s’appliquent plus.

C’est pourquoi les Canadiens voulaient un changement.

Nous devons créer la prospérité en investissant dans la productivité intrinsèque de notre population talentueuse, créative et énergique. Dans la véritable économie.

Tout d’abord, adoptons des règlements financiers pour protéger les consommateurs dans cette économie.

Grâce à des règlements solides, notre secteur financier est resté plus stable que d’autres, mais il est impossible d’échapper aux effets du bouleversement des marchés mondiaux.

Il faut une surveillance plus solide pour suivre les 75 milliards de dollars qui ont déjà été versés aux banques stables.

Et, si on accorde de l’aide aux secteurs en difficulté, les contribuables ont besoin d’une explication complète et, s’il y a lieu, une participation en retour.

Le gouvernement fédéral peut protéger les consommateurs en veillant à ce que les compagnies de carte de crédit cessent d’augmenter les taux d’intérêt pour les familles à court d’argent qui manquent un paiement.

Deuxièmement, investissons dans la nouvelle économie énergétique pour notre prospérité au 21e siècle.

Ce n’est pas nécessaire de choisir entre la croissance économique et la lutte aux changements climatiques. Nous pouvons choisir une nouvelle économie énergétique.

Nous pouvons fixer un prix au carbone et tirer profit de l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et à base de biomasse.

Grâce à l’innovation canadienne, nous pouvons devenir des chefs de file en matière d’énergie renouvelable et créer des emplois verts.

Et nous pouvons commencer par créer des milliers d’emplois maintenant, en améliorant le rendement énergétique de nos maisons et de nos édifices.

Troisièmement, investissons dans l’esprit d’entreprise et l’innovation dans le secteur privé et dans nos institutions de recherche.

Les entreprises canadiennes sont des chefs de file à l’échelle mondiale dans la technologie de l’information.

Nos petites entreprises ont des idées d’une grande originalité.

Nos universités et nos collèges devraient être des chefs de file en matière d’innovation concrète. Ils ont démontré qu’ils sont à la hauteur de la tâche. Nous devons faire davantage à l’aide d’incitations pour la création d’emplois, plus d’appui pour la recherche et le développement, et le financement de l’innovation.

Quatrièmement, faisons des investissements stratégiques dans les infrastructures et la véritable économie.

Engageons-nous envers un plan ambitieux pour travailler en partenariat avec nos communautés pour réparer nos villes qui tombent en ruines, investir dans les transports en commun et bâtir des logements abordables.

Et, Monsieur le Président, nous dépendons de l’exportation des ressources non transformées depuis beaucoup trop longtemps. Il nous faut des garanties de crédit pour que nos entreprises forestières soient viables, et il en faut tout de suite.

Nous devons aussi profiter de cette occasion pour transformer le secteur automobile et développer des véhicules émettant peu d’émissions. Les Canadiens en ont envie, cela leur fera économiser et c’est un geste positif pour la planète.

La cinquième chose, mais non la moindre, c’est qu’il faut investir dans nos infrastructures sociales.

Faute d’une stratégie nationale en matière de formation professionnelle pour aborder la pénurie des compétences, nous ne ferons qu’exacerber la durée et l’importance du ralentissement économique.

Aux États-Unis, les pensions sont garanties jusqu’à 50 000 $. Il nous faut un régime d’assurance pour les pensions, afin de protéger les personnes âgées aujourd’hui ainsi que les générations futures.

À cause des changements aux règles de l’assurance-emploi par les gouvernements récents, les personnes sans emploi doivent épuiser leurs économies avant de pouvoir toucher des prestations d’assurance-emploi.

Réglons le système d’assurance-emploi. Ces fonds se retrouveront dans l’économie locale et aideront à créer des emplois, à maintenir les petites entreprises et à subvenir aux besoins des familles.

Et nous pouvons créer plus d’emplois dans les soins des enfants et des personnes âgées, avec plus de médecins et d’infirmiers, et de meilleures possibilités pour les Premières nations.

Monsieur le Président, le gouvernement doit respecter les 62 pour cent des Canadiens qui ont voté pour le changement.

Cela comprend la réforme démocratique, notamment la représentation proportionnelle.

On a demandé à ce Parlement de mettre ses différences de côté et de surmonter les vieilles batailles partisanes.

Mais, Monsieur le Président, cela ne signifie pas qu’il faut donner au gouvernement la majorité que les Canadiens ont refusé de lui donner.

Il faut que le gouvernement fasse des compromis, et il faut que l’opposition soit constructive.

Le NPD est l’opposition efficace.

Nous mettrons ce gouvernement au défi de faire un meilleur travail, d’obtenir des résultats tangibles et d’effectuer de véritables changements.

Nous nous opposerons au discours du Trône parce qu’il ne prévoit pas les mesures audacieuses dont les familles ont besoin pendant le ralentissement économique.

Je pourrais dire que l’Histoire portera un jugement sévère sur nous si nous ne relevons pas cette épreuve.

Mais il ne faut pas penser uniquement à l’Histoire. Il faut penser aux familles qui souffrent à l’heure actuelle, aux emplois perdus aujourd’hui, et aux craintes des Canadiens concernant leur avenir.

Le NPD n’a pas oublié qui nous sommes. Ni ceux que nous représentons.

Nous croyons résolument que, ensemble, nous pouvons assurer un avenir équitable et prospère pour l’ensemble des Canadiens.

Car Monsieur le Président, nous avons le pouvoir de changer!

Merci beaucoup.