31 août 2018

Éliminons la haine à sa source : l’injustice économique

Au cours des derniers jours, tout comme beaucoup d’autres personnes au Canada qui partagent avec moi le statut de « minorité visible », j’ai suivi la bataille qui se déroulait quant à savoir quel degré de diversité était bénéfique – ou néfaste – pour le Canada.

Tout d’abord, nous avons observé la campagne de peur de Maxime Bernier à propos d’un « culte de la diversité » et du « multiculturalisme extrême ». Son patron à l’époque, le chef conservateur Andrew Scheer, a laissé cela s’envenimer pendant des jours avant d’exprimer de tièdes préoccupations.

Ensuite, quand le premier ministre Justin Trudeau a réprimandé une perturbatrice pour sa critique contre les demandeurs d’asile, M. Scheer est rapidement entré en scène avec sa propre rhétorique de division. « Voici comment savoir si les libéraux sont en train de perdre », a-t-il écrit sur Twitter. « Vous êtes préoccupé par les passages illégaux à la frontière? Vous êtes un raciste. Inquiet des coûts? Vous n’êtes pas Canadien. »

Et si quiconque se demandait si le fait que Maxime Bernier démissionne du parti envoyait le signal que les conservateurs pourraient se déplacer un peu à gauche de l’extrême droite, la réponse est arrivée dimanche dernier, alors que les délégués au congrès des conservateurs ont voté pour l’abolition de la citoyenneté conférée par la naissance. Il s’agit d’une politique de bas niveau à laquelle même Donald Trump a résisté jusqu’à maintenant.

Mais le programme des conservateurs ne se limite pas à nuire à l’accès à la citoyenneté pour les personnes immigrantes. Il alimente la discrimination envers toutes les communautés racisées. Et il fait fi de la réalité que, à l’exception des Autochtones, nous sommes ni plus ni moins tous des immigrants et des immigrantes.

Cela veut dire moi, et vous aussi, M. Scheer.

Comme personne faisant partie de celles qui sont touchées par cette rhétorique, et comme personne ayant subi du harcèlement raciste, je félicite le premier ministre pour sa prise de position contre les propos racistes de la chahuteuse.

Mais si nous voulons vraiment faire cesser la haine, nous devons faire plus que la dénoncer simplement. Nous devons reconnaître que ce sont les inégalités économiques croissantes qui créent les conditions permettant à la haine de se propager. Voilà la réalité qu’Andrew Scheer tente d’exploiter : l’injustice économique qui a laissé tellement de Canadiens et de Canadiennes travaillant fort se demander pourquoi ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ainsi que ce qui, ou même qui, doit être blâmé pour cela.

Cet été, j’ai rencontré beaucoup de ces Canadiens et Canadiennes – des personnes qu’Andrew Scheer espère écouteront son message. Des travailleurs et des travailleuses qui composent avec plusieurs emplois et qui se demandent pourquoi les emplois durables et de qualité sont si difficiles à trouver. Des familles qui, tous les mois, ne sont qu’à quelques dollars d’être incapables de payer leurs factures. Des étudiants et des étudiantes qui se débattent avec les dettes et un marché du travail qui a bien peu à leur offrir. Des aînés qui doivent choisir entre payer leur épicerie ou les médicaments dont ils ont besoin. Des parents qui ont de la difficulté à trouver des services de garde abordables et fiables. Trop de gens qui se demandent comment ils pourront prendre leur retraite sans vivre dans la pauvreté.

Il peut en être autrement.

Les Maxime Bernier, Andrew Scheer et Doug Ford de ce monde, tout comme les autres chahuteurs, misent sur ce qui peut ressembler à une solution très simple : bloquer les immigrants veut dire plus d’emplois pour les autres parmi nous, la possibilité d’avoir un meilleur appartement, des classes moins nombreuses pour nos enfants, des délais d’attente plus courts à l’hôpital. Abandonnons toutes les preuves du contraire : selon M. Scheer, c’est une panacée que de garder les immigrants à l’extérieur.

La population canadienne attend de véritables solutions depuis trop longtemps déjà. Le premier ministre et son gouvernement ont le pouvoir et les ressources pour mettre en œuvre des solutions qui amélioreront vraiment la vie des gens. Et s’ils ne le font pas, ils perpétuent les conditions permettant à la division et à la haine de résonner et de se propager.

Il n’y a aucune excuse pour l’inaction face à l’injustice économique. Il est temps de mettre en place de véritables solutions.

Des solutions comme une assurance-médicaments universelle qui, selon les économistes, est parfaitement réalisable et nous fera économiser des milliards de dollars. Des solutions comme un programme universel de garde d’enfants qui, comme nous le savons, s’autofinancera en permettant à plus de parents – surtout des femmes – d’aller travailler. Des solutions comme des investissements immédiats du fédéral dans le logement qui feront assurément une énorme différence pour les familles qui peinent à payer des montants en hausse vertigineuse pour des logements inférieurs aux normes.

Nous savons que nous pouvons aider à payer ces solutions concrètes et d’autres en nous attaquant enfin aux échappatoires fiscales et aux paradis fiscaux, afin que tout le monde au Canada – y compris les personnes les plus fortunées – paie sa juste part. Mais la population canadienne attend aussi depuis trop longtemps ces modifications simples et équitables.

Si nous voulons vraiment empêcher la propagation de la haine, nous devons mettre fin à cette attente. Nous devons comprendre véritablement à quoi l’injustice économique et l’inégalité ressemblent pour les Canadiens et les Canadiennes qui travaillent fort et qui y sont confrontés quotidiennement sur le terrain, à la maison et au travail. Et il nous faut un gouvernement qui prend des mesures concrètes pour corriger cela dès maintenant.

Comme je l’ai écrit dans un gazouillis en réponse à Maxime Bernier : « L’identité du Canada se base sur l’inclusion et la conviction qu’en aidant les autres à réussir nous répondons aux tentatives de division ».

Cette valeur est notre boussole. Elle est le fondement de tout ce qui nous donne la fierté d’être Canadiens ou Canadiennes. Et cette valeur doit nous servir de principe moteur lorsque nous devons affronter toutes les personnes inspirées par l’exemple de Donald Trump.

Alors, allons plus loin que de dénoncer la haine en l’éliminant à sa source et en agissant maintenant pour améliorer le sort de l’ensemble des Canadiens et des Canadiennes. C’est de cette façon que nous pouvons réellement tendre à créer un Canada accueillant et vraiment inclusif.

Jagmeet Singh est le chef du Nouveau Parti démocratique du Canada.